Il y a des noms qui résonnent dans le monde du vin alsacien. Frankstein en fait partie. Ce Grand Cru, situé au-dessus de Dambach-la-Ville, est l’un des 51 Grands Crus d’Alsace — et sans doute l’un des plus singuliers par sa géologie, son exposition et les vins qu’il produit.

Nous y cultivons trois cuvées issues de ce terroir d’exception. Voici ce qui rend le Frankstein unique.

Une géologie hors du commun

Le Frankstein repose sur un socle de granite rose, d’origine hercynienne, vieux de plusieurs centaines de millions d’années. Ce granite sablo-granitique, pauvre en nutriments, force les racines de la vigne à plonger profondément à la recherche de l’eau et des minéraux. Ce stress naturel est à l’origine de la grande concentration aromatique et de la minéralité caractéristique des vins du Frankstein.

Le sol est peu profond, caillouteux en surface, avec des sables granitiques qui drainent rapidement l’eau de pluie tout en restituant la chaleur accumulée pendant la journée. La nuit, les températures descendent sensiblement — une amplitude thermique qui préserve la fraîcheur et l’acidité des raisins.

Une exposition idéale

Le Frankstein bénéficie d’une exposition plein sud-est, protégé à l’ouest par le massif vosgien qui le met à l’abri des vents et des pluies océaniques. Cette position lui vaut un microclimat particulièrement favorable : ensoleillement maximal, faibles précipitations, maturité régulière.

L’altitude — entre 250 et 400 mètres — apporte une fraîcheur nocturne précieuse, qui ralentit la maturation et permet aux raisins de développer des arômes d’une complexité rare.

Nos cuvées issues du Frankstein

Nous produisons trois vins issus de cette parcelle d’exception :

Le Riesling Grand Cru Frankstein — quintessence du terroir granitique. Floral, minéral, avec une tension et une longueur remarquables. Un vin de garde qui s’épanouit sur plusieurs années.

Le Pinot Noir F — rare sur ce terroir, notre Pinot Noir exprime ici une élégance et une finesse que le granite sait conférer aux vins rouges. Fruits rouges délicats, touche épicée, finale fraîche.

Frankenstein — notre cuvée la plus confidentielle. Un vin de caractère, profond et soyeux.

C’était en fin de journée, lors d’un vol de repérage au-dessus du vignoble. Nous profitions des belles lumières de juin pour réaliser quelques clichés aériens — le genre de moment suspendu où Dambach-la-Ville révèle toute sa beauté, encerclée par ses vignes et lovée au pied du massif vosgien.

Et c’est là, sur la tour médiévale qui veille sur le village depuis des siècles, que nous les avons aperçues. Trois cigognes, immobiles dans leur nid, observant le drone avec une sérénité déconcertante.

La cigogne, emblème vivant de l’Alsace

La cigogne blanche est bien plus qu’un symbole touristique. En Alsace, elle est intimement liée à l’histoire et à la culture de la région. Longtemps menacée de disparition dans les années 1970, elle a fait l’objet de programmes de réintroduction qui ont porté leurs fruits — aujourd’hui, plusieurs couples nichent chaque année à Dambach-la-Ville.

Pour nous, vignerons biodynamiques, la présence des cigognes est un signe qui ne trompe pas. Ces oiseaux se nourrissent d’insectes, de grenouilles et de petits rongeurs. Leur installation durable dans un lieu est souvent le reflet d’un environnement sain, d’une biodiversité préservée.

La biodiversité, au cœur de notre philosophie

Depuis que nous cultivons nos vignes en biodynamie, nous observons chaque année un retour progressif de la faune sauvage dans nos parcelles. Papillons, abeilles sauvages, hérissons, rapaces nocturnes — et maintenant ces trois cigognes qui semblent avoir élu domicile juste au-dessus de nos vignes.

Nous avons installé des nichoirs à oiseaux dans le vignoble pour attirer les mésanges, qui se nourrissent des vers de la grappe. Chaque espèce qui revient est une victoire silencieuse, la preuve que notre approche naturelle porte ses fruits au-delà du vin lui-même.

Cette rencontre sur la tour de Dambach restera l’un de ces moments précieux que la vigne sait offrir à ceux qui savent regarder.

Le thermomètre frôle les 38°C sur les coteaux de Dambach-la-Ville. Les vignes, exposées sud/sud est sur le massif granitique du Frankstein, subissent de plein fouet une vague de chaleur qui s’étire sur plusieurs jours sans discontinuer.

Ce genre d’épisode, autrefois exceptionnel, tend à se répéter. Et chaque fois, il nous rappelle à quel point notre travail à la vigne, tout au long de l’année, conditionne la capacité des ceps à traverser ces épreuves.

Des vignes mieux armées grâce à la biodynamie

En biodynamie, nous travaillons en profondeur l’équilibre des sols et la vitalité des plantes. Les préparations biodynamiques — 500, 501, tisanes de prêle — renforcent la résistance naturelle des vignes face aux stress climatiques. Un sol vivant, riche en micro-organismes, retient mieux l’humidité et régule plus efficacement la température au niveau des racines.

Nos vignes les plus âgées, dont les racines plongent profondément dans le sol, montrent une résilience remarquable. Elles puisent l’eau dans les fissures de la roche mère, là où la fraîcheur persiste même en période de canicule.

Adapter nos pratiques

Face à ces épisodes de chaleur, nous adaptons nos interventions. Le rognage est raisonné pour conserver suffisamment de feuillage (sauf au contraire dans les parcelles destinées au Crémant où nous pouvons volontairement frainer la croissance) — un écran naturel qui protège les grappes d’un ensoleillement trop direct. L’ébourgeonnage ainsi que l’effeuillage, pratiqué côté est plutôt que côté ouest, favorise la ventilation matinale tout en limitant l’exposition aux heures les plus chaudes.

Nous avons également réduit au maximum les passages en tracteur pendant les pics de chaleur, pour ne pas compacter un sol déjà sollicité.

Et les raisins dans tout ça ?

Contre toute attente, le stress hydrique modéré — à condition qu’il reste dans des limites raisonnables — peut être favorable à la qualité dans une année où les sorties de grappes sont assez importantes. Il concentre les arômes, renforce la structure et donne aux vins cette tension minérale si caractéristique de notre terroir granitique.

2026 restera dans nos mémoires comme un millésime solaire, intense, qui aura mis nos vignes et notre philosophie à l’épreuve. Rendez-vous au mois d’août pour le début des vendanges…

Depuis quelques mois, nous travaillons à une refonte visuelle de notre gamme Terroirs — ces vins nés d’une parcelle unique, d’un sol singulier, d’un lieu-dit qui a son caractère propre. Le résultat : des étiquettes qui portent littéralement la carte du territoire dont est issu chaque vin.

Sur chaque étiquette, vous retrouvez désormais la représentation cartographique du secteur concerné. La parcelle exacte dont est issu le vin y est mise en valeur par une couleur spécifique — une façon de dire, sans détour, d’où vient ce que vous avez dans votre verre.

Le Grand Cru Frankstein porte la carte de ce granite exceptionnel qui surplombe Dambach-la-Ville. Sa couleur sur l’étiquette évoque la minéralité et la profondeur de ce terroir historique, classé Grand Cru depuis 1983.

Frankenstein — notre interprétation des contreforts du Frankstein — affiche sa propre identité cartographique, distincte mais liée, comme un dialogue entre trois expressions d’un même massif granitique.

Le Fruehmess, lieu-dit situé sur le coteau d’Itterswiller, entre plaine et massif montagneux.

D’autres cuvées qui verront le jours prochainement viendront enrichir la gamme parcellaire…

Cette démarche n’est pas qu’esthétique. Elle est une conviction : en biodynamie, le lien entre le vin et son origine est fondamental. L’étiquette devient alors ce qu’elle devrait toujours être — non pas une décoration, mais une adresse.